Saint-Exupéry s’est écrasé non loin d’ici et l’a écrit. Paul Bowles a passé des décennies au Maroc et produit la prose désertique la moins sentimentale de la langue anglaise. Théodore Monod a parcouru cet erg jusqu’à ses quatre-vingt-dix ans et tenu des carnets qui se lisent comme un homme en train de discuter avec le paysage.
Le désert littéraire a beaucoup d’histoire et la plupart du discours commercial bâti dessus est creux. Personne n’a jamais été fait écrivain par une dune.
Ce qu’un endroit comme celui-ci peut faire est beaucoup plus étroit et beaucoup plus utile : il supprime toute alternative au travail.
La proposition réelle
Il n’y a pas de réseau. Pas de courriel, pas de messages, pas de recherche qui dérive, pas de vérification rapide. Il n’y a nulle part où aller, rien à acheter et personne à rencontrer. Un auteur à l’Erg Chegaga en milieu de journée a exactement deux options, écrire et ne pas écrire, et au bout d’environ trente-six heures la plupart choisissent la première parce que la seconde devient insupportable.
C’est tout le mécanisme. Il n’a rien de glamour et il fonctionne.
Ce que cela ne réparera pas
Quatre nuits de silence ne répareront pas un livre qui a un problème de structure. Cela vous montrera le problème plus nettement, ce qui est souvent pire et finalement meilleur.
Cela ne produira pas un manuscrit si vous n’avez pas de plan. Les auteurs qui arrivent avec une intention vague repartent avec des pages vagues. Les invités les plus productifs que nous ayons accueillis savaient précisément quelles trois scènes ou quels quatre chapitres ils venaient attaquer.
Cela ne réparera pas un blocage qui porte en réalité sur autre chose. Plusieurs intervenants nous ont dit que le désert est particulièrement doué pour le rendre évident, ce qui n’est pas la même chose qu’agréable.
Le rythme quotidien qui fonctionne
Les groupes qui en tirent le plus adoptent à peu près la même forme sans qu’on le leur dise.
Écriture tôt le matin, du premier jour à onze heures environ. La lumière est belle et fraîche et c’est de loin le bloc le plus productif de la journée.
Le milieu de journée au repos. Il fait clair et chaud même en saison et personne n’y produit de bon travail. Manger, dormir, lire.
Séance de fin d’après-midi, seize heures jusqu’au coucher du soleil. Plus courte, en général pour la révision plutôt que pour des pages neuves.
La soirée pour la lecture à voix haute, ou pour rien. Les groupes se partagent également sur le partage des textes. Les deux sont bien.
Les intervenants qui mènent un programme dirigé ajoutent en général une séance de technique par jour, dans les heures plates, et ne touchent pas aux blocs d’écriture.
Ce qu’il faut exiger d’un lieu
L’électricité. C’est le point qui piège. Énergie solaire, chargée dans la journée. Les ordinateurs ont besoin d’être rechargés et un groupe de douze qui charge en même temps demande de l’anticipation. Nous savons le faire et nous avons besoin de le savoir. Les auteurs qui travaillent sur papier n’ont aucun problème, et plusieurs intervenants imposent désormais la main précisément pour cette raison.
Un endroit pour travailler qui ne soit pas votre lit. Demandez combien de postes de travail calmes et distincts existent en dehors des tentes. Pour un groupe de douze il en faut au moins huit, et ils ne doivent pas être tous à une même longue table où la frappe de l’un dérange tous les autres.
Un espace couvert pour les heures plates, qui ne soit pas la salle à manger qu’on réinstalle autour de vous.
Le vent. Le papier et le vent sont ennemis. Il y a deux ou trois jours par saison où le travail extérieur s’arrête. Demandez quelle est la solution de repli à l’intérieur.
De la lumière pour le soir. La lumière des bougies est belle et inutile pour relire un manuscrit. Nous avons un éclairage correct là où il en faut.
Les groupes, et la taille qui marche
Un seul groupe à la fois, le camp fermé à tout autre. De deux à vingt participants, même qu’un atelier comportant un vrai retour critique fonctionne le mieux entre six et douze.
Quatre nuits minimum. Cinq ou six valent mieux pour une résidence d’écriture en particulier, parce que le premier jour se perd largement dans l’arrivée et le dernier matin dans le départ, et qu’il vous faut au moins trois journées de travail pleines au milieu.
D’octobre à avril.
Pour les intervenants et les organisateurs
Envoyez-nous la taille du groupe, les dates, si la résidence comporte des séances dirigées ou s’il s’agit d’une résidence de travail pure, votre besoin en recharge, et s’il vous faut une pièce séparée pour des séances de manuscrit en tête-à-tête. Ce dernier point est souvent demandé et simple si nous le savons.